Dans le grand Nord du Nord-Kivu

Réflexion sur le phénomène CNDP et sur la protection de l’enfance dans le grand Nord du Nord-Kivu

— Rapport d’étape - Région de Beni - [Carte PDF]
Dès les années 2005-2006 le CNDP du général rebelle Laurent Nkunda [voir Mémo] est actif, il en est de même en 2007, chose qui incite le gouvernement de la RD Congo à concevoir un plan de pacification du pays. Au 4e trimestre de l’an 2007 est lancée la conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord et du Sud-Kivu. À l’issue de cette conférence c’est le programme AMANI qui est signé au 1er trimestre de l’an 2008 par tous les acteurs, tous les protagonistes actifs dans notre contrée : les FARDC à travers le gouvernement de la RDC, le CNDP et tous les groupes Maï-Maï existants. Comme impact de cette étape transitoire nous pouvons citer :

I. Au niveau du CNDP et des Maï-Maï

Ici tous les groupes et forces armés sont obligés de déclarer leurs effectifs, même fictifs, pour pouvoir peser dans les négociations. Pour chercher à marier les déclarations politiques aux réalités de terrain, ce sont des milliers d’enfants qui sont recrutés pour gonfler ces effectifs, d’où le phénomène de ré-enrôlement des enfants dans les groupes armés. Les Ex-EAFGA (enfants associés aux forces et groupes armés) sont les plus visés bien que les autres catégories d’enfants ne fassent pas exception.

Pour mémoire, l’organisation internationale Human Rights Watch a dénoncé l’an dernier que 5O % des enfants Ex-EAFGA réinsérés dans leurs communautés ont été repris par les groupes armés opérationnels au nord Kivu ; nos visites de suivi communautaires dans les zones accessibles ainsi que les missions de vérification des troupes à l’arrivée au centre de regroupement AMANI à Nyaleke confirment cette révélation.

II. Au niveau de la communauté entière

Le renforcement (parfois composées majoritairement de mineurs) des troupes entraîne l’envie et la provocation de modifier les positionnements et de contrôler plus de terrain. Cela a été à l’origine de la reprise des hostilités. On pouvait par exemple voir les factions Maï-Maï se battre entre-elles, ou encore les Maï-Maï contre les FARDC ou le CNDP, le CNDP contre les FARDC, bref un imbroglio, malheureusement, plus souvent mortel pour les enfants que pour les adultes.

Une étude rapide faite en janvier 2009 sur les 94 enfants (8 filles et 86 garçons) Ex-EAFGA qui sont passés par le CTO de notre ONG (EAD) a révélé que plus de 5 % de ceux qui avaient repris les armes, de gré ou de force, y avaient trouvé la mort aussi bien dans la zone sous contrôle CNDP que celle sous contrôle des Maï-Maï.

III. Au niveau des autres enfants de la communauté

Selon le dicton « Quand deux enfants se battent c’est l’herbe qui en souffre », on doit s’interroger sur le sort subit par les enfants au cours de cette dure période marquée par la reprise des hostilités [depuis octobre 2008] sur presque tous les fronts. Une des conséquences logiques, en effet, par réflexe de protection, a été pour eux le chemin de l’exil avec comme conséquences :

  • Des longues marches à pied en pleine foret sans aucune assistance pour les enfants habitués à leur environnement stable ;
  • Une crise alimentaire présente et à venir dont les enfants sont les premiers à souffrir étant plus vulnérables ;
  • Une malnutrition observée chez ces enfants en déplacement continu ;
  • Non-accès aux services de base : santé, éducation, etc. Rappelons ici que toutes les écoles de Kanyabayonga ont été vidées des écoliers et que deux entre elles ont été occupées par les forces loyalistes pendant le temps qu’a duré le conflit (plus d’un mois), mais juste à côté ce sont les mêmes forces qui ont pillé un centre de récupération nutritionnel à Kayna, centre qui était sous la gestion d’une organisation humanitaire, LWF. Dans la petite cité de Lubero nous avons enregistré en un mois la mort de quatre jeunes enfants suite au mangue des soins appropriés ;
  • Au niveau des communautés d’accueil la présence des milliers d’enfants déplacés a entraîné une dégradation des conditions de vie : pléthore dans les familles avec risque d’explosion des épidémies, chose qui a été confirmée par le médecin chef de district sanitaire de Butembo qui a déclaré des cas de choléra dans sa zone.
  • D’une manière incontrôlée et inquantifiable les abus à l’endroit des enfants ont été nombreux : viols et autres formes de violence sexuelles, mutilations et meurtres, etc.

 

En conclusion, le phénomène CNDP avec tout le cortège des malheurs ci-haut cités, sans être exhaustif, a été un calvaire pour la situation de protection de l’enfant dans notre milieu.

Au-delà de la simple participation des enfants aux hostilités, les adultes ont fait des enfants des acteurs et des victimes du sort qui leur est arrivé en toute innocence.

Pour nous acteurs de la protection et défense des droits de l’enfant le travail est immense.

Nous profitons de l’accalmie apparente [qui s’est installée depuis l’auto-dissolution du CNDP début janvier 2009] pour reprendre les plaidoyers à tous les niveaux de décision, la sensibilisation des communautés et la réparation chez les victimes. Il serait utile de pouvoir documenter d’avantage tous les cas que nous rencontrons et de constituer une banque de données beaucoup plus complète et fiable. Mais là encore, il faudrait que ce besoin et appuyé pour qu’on puisse le faire.

Pour EAD
Augustin VWALUMA, Président
Germain LUFUNGULA, Coordinateur des programmes

Laisser une réponse