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Communiqué de crise
Posté par AFJK le 9/12/2008 @ 17:39 Dans Diplomatie, Afrique | Aucun commentaire
En décembre 2008 la situation au Nord-Kivu est toujours très inquiétante. Des millions de personnes dont la moitié sont des enfants, y survivent parfois depuis des années dans des conditions inhumaines, dans de gigantesques camps ou inaccessibles dans la forêt. Dans ce contexte de crise, les ONG locales de protection de l’enfance font un travail remarquable pour protéger les enfants en discutant et en négociant avec chacune des 22 armées et milices qui s’affrontent avec une passion et une violence sans limites… Pour soutenir et relayer leurs action, l’AFJK leur offre ici un espace d’échange et de publication libre de toute pression.
La situation dans la région des Grands lacs et en particulier au Nord-Kivu est toujours très inquiétante. Depuis leurs nouveaux déplacements dus à la reprise des combats depuis septembre 2008, plus de 500 000 de personnes vivent dans des conditions insupportables, dans les camps ou dans la brousse inaccessible aux convois humanitaires, sans protection et souvent sans nourriture. Sait-on que d’après l’UNICEF la moitié de ces « déplacés » sont des enfants ?
Les exactions et la guerre elle-même risquent de flamber de nouveau, à tout moment et ce n’est pas la Monuc qui pourra protéger les civils. Le sort de la ville de Goma, la capitale de la région qui compte plus de 600 000 habitants, encerclée depuis fin octobre, est suspendue aux négociations en cours (un millier de soldats de l’ONU seulement en assurent la sécurité malgré la fuite de l’armée congolaise). Ici les populations ne peuvent compter que sur elle-même (et c’est aussi une des causes de l’inflation des milices et groupes armés, au nombre de 22).
Le contexte est violent, les passions sont vives, attisées par la défense d’intérêts économiques, politiques et personnels puissants enracinés depuis une quinzaine d’années et la crise accroît les tensions entre les communautés. Ce climat délétère se retrouve dans la presse et sur les campagnes partisanes, parfois masquées derrière des appels aux droits de l’homme, dans la diaspora et sur Internet (groupes de pression pro-mobutistes, pro-Bemba, pro-Interwhame, etc.).
Les risques de dérapage ou de manipulations pour redéclencher des conflits ethniques sont toujours présents dans cette région du fait de l’impunité dont continuent de bénéficier les génocidaires Hutus de 1994 mais aussi parce que les Occidentaux et l’ONU n’ont toujours pas tiré les leçons du génocide rwandais.
Cette terrifiante impunité qui règne en RDC à tous les niveaux, et son corrolaire, l’absence d’État autorisent une corruption généralisée et le pillage organisé des ressources minières, au grand bénéfice de toutes les parties impliquées, Occidentaux, et UE comprise, qui continuent d’importer ces ressources sans contrôle. L’hypocrisie règne qui paralyse les efforts de la diplomatie.
Les tractations politiques, comme les hommes armés de toutes les forces sur le terrain, armée congolaise comprise, n’ont pas la moindre considération pour le sort des populations, des femmes et en bas de l’échelle des enfants. L’insécurité est permanente. On dénombrait une moyenne de cinq assassinats inexpliqués par semaine à Goma avant la reprise des troubles…
Dans un tel climat, proche de la terreur, la plus grande prudence s’impose. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas attendre de nos collègues sur le terrain qu’ils s’expriment librement. Seuls peuvent le faire en ce moment les journalistes occidentaux réellement indépendants, qui ne sont pas si nombreux. D’autant qu’ils sont tous actuellement en contact, en négociation permanente, pour aider les enfants, avec les représentants de tous les groupes en conflit.
C’est pour cette raison aussi que l’AFJK ouvre ces pages aux acteurs sur le terrain, en les invitant à s’y exprimer sans contrainte et à partager avec nous leurs combats pour la protection de l’enfant africain et pour soigner ces maux de l’Afrique qui sont aussi les nôtres.
Bernard Lathuillère,
Président de l’AFJK,
Paris, France
Article imprimé à partir de Les droits de l’enfant en Afrique: http://africa.afjk.org
URL de l'article : http://africa.afjk.org/archives/10
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